![]() 1981. La plupart des chansons de ce double album nous donne à écouter la suite et la fin du livret du Fall Tour 80, qui devait aboutir à la parution du disque Crush All Boxes. Dans You are what you is, contrairement à Sheik Yerbouti, tout l'effort de Zappa porte désormais vers le travail harmonique vocal. Mais, aucune partie instrunentale n'a été laissée au hasard, l'orchestration est concise, rigoureuse mais riche, comme il convient à des chansons qui toutes, à une ou deux exceptions près, pourraient passer à la radio. Soit dix-huit « tubes » en puissance. Qui
ne le. seront jamais, laminés par les paroles non
académiques de Zappa. Celui-ci entend bien imposer un jour ses
critères de qualité, le chargé de sens ou de
non-sens de ses textes. Dans une époque où seul ce qui
est composé pour ce qui est supposé être le plus
grand nombre, son goût ou son absence de goût,
d'après des critères obscurs mais qui semblent
évidents à tous les programmateurs radio, devient le
repère indispensable du consommé. Zappa s'obstine
à créer son univers propre, qu'il veut riche en
fantasmagories et luxuriant en nouvelles harmonies et notes. Il se
condamne ainsi à être ainsi entendu par une cohorte de
fans inconditionnels, mais il ne semble pas tirer toutes les
conclusions qui s'imposent d'une telle attitude: les portes des
networks TV et radio ne sont pas ouvertes pour les franc-tireurs. Ce
qui explique en partie l'échec commercial de You are what you
is, qui est pourtant la tentative « commerciale » la plus
élaborée que Zappa ait jamais mise sur pied.
L'accompagnement est bigrement efficace, mais c'est surtout
l'extraordinaire virtuositè des parties vocales qu'il faut
retenir, et leur subtil enchevêtrement. D'autant que chaque
morceau est enchaîné au suivant, selon une logique
imparable, chaque chanson trouvant sa justification dans la suivante et
inversement. Si Absolutely Free se voulait oratorio moderne, 200 Motels
docunentaire surréaliste, Joe's Garage opéra-rock, qu'est
donc You are what you is ? Sinon le grimoire de l'Amérique des
années 80 et le recueil de ses nouvelles croyances. Jimmy Carter
peut s'en aller, Ronald Reagan arriver, il nous reste You are what you
is, symphonie visuelle et film sonore dont la cohérence interne
est telle que mille écoutes ne suffiraient à nous en
lasser, comme dirait Lao Tzeu. Voir
la traduction de l'album
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